Date de mise en ligne : 14 mai 2006
CO2 : la chute des prix est une réelle opportunité pour Kyoto II

Rien ne va plus dans le petit monde du CO2. Alors que le cours des permis d’émission de dioxyde de carbone se négociait il y a encore peu aux alentours de 30€ la tonne, le marché s’est soudainement effondré pour atteindre un plus bas de 12€. Raison invoquée : six pays - la France, la République Tchèque, les Pays-Bas, l’Estonie, la Belgique et l’Espagne - viennent d’annoncer des émissions de dioxyde de carbone inférieures aux prévisions pour 2005. Ainsi les Pays-Bas ont annoncé un excédent de permis de 10 millions de tonnes par rapport aux émissions réellement constatées. Et sur ces six pays, seule l’Espagne se trouve en position d’ « acheteur net », avec des émissions plus faibles qu’attendu cependant.
Dans la foulée, on observait évidemment une chute des prix à terme de l’électricité. Le contrat 2007 baissait ainsi de 3% à environ 5.9 centimes d’euros le Kwh. Et le cours de Rhodia, qui a investit massivement dans des projets permettant de récupérer des permis d’émission, subissait violemment le contrecoup de cette dégringolade inattendue.
Monde étrange dans lequel des nouvelles plutôt rassurantes pour les habitants de notre Terre se traduisent par des répercussions négatives sur le plan économique. A chercher des parallèles trop faciles, on se souviendrait de ces séances de hausses boursières suite à l’annonce de licenciements massifs dans les grands groupes qui fusionnent.
Pourtant, cette chute des cours peut avoir un côté salutaire et devrait être interprétée comme une réelle opportunité. Deux leçons doivent en effet être tirées de ce premier épisode de la vie des permis d’émission :
d’abord ces droits d’échange, qu’on a beaucoup critiqués, viennent de montrer leur redoutable efficacité. Au-delà de l’approche coercitive habituelle, force est de constater que rien ne parle finalement plus aux entreprises et aux états que l’incitation économique…
ensuite, et ce n’est pas une nouveauté non plus, l’aisance avec laquelle ces objectifs ont été atteints démontre le manque d’ambition des PNAQ (Plans Nationaux d’Allocation de Quota) qui déterminent pour chaque pays la quantité de CO2 autorisée. Nos entreprises et nos états viennent de prouver qu’ils peuvent surpasser ces objectifs haut la main tout en réalisant des profits records. Or, cela tombe bien… car il est de notoriété publique que les réductions d’émissions prévues par le protocole de Kyoto seront loin d’être suffisantes pour endiguer la vague de chaleur qui menace de s’abattre sur notre planète. Le coût de l’utilisation des énergies de substitution au pétrole a toujours été le principal argument utilisé par les opposants au Protocole. Or, la situation actuelle montre qu’il n’en est rien.
Ces bonnes nouvelles ne pouvaient mieux tomber alors que les négociations autour de Kyoto II devraient commencer très prochainement… Avec cette fois l’ambition de faire adhérer des pays comme les Etats-Unis.