Date de mise en ligne : 21 janvier 2005
Eco ghettos

Protection de l’environnement et politique sociale ne font pas toujours bon ménage, c’est en tout cas ce que semblent révéler plusieurs études parues cette semaine sur les moyens de transport et les coûts des logements en région parisienne.
Les premiers créent la surprise puisque la RATP vient d’annoncer pour 2004 un boom de la fréquentation des transports en commun avec en moyenne une hausse de 5.5% par rapport à 2003, qui avait cependant été, il faut le rappeler, catastrophique de ce point de vue. Ce sont le métro avec +6.2% et le RER avec +8.4% qui tirent le mieux leur épingle du jeu.
On devrait se réjouir de cette nouvelle qui s’accompagne d’une diminution sensible de la circulation automobile (-5 % en 2003 et -11,5 % depuis avril 2001, source 20minutes) freinée par une politique volontariste de développement des couloirs de bus.
Les voitures font la part belle aux scooters et aux transports en commun : on ne peut que s’en réjouir, leur contribution à l’effet de serre est en effet loin d’être négligeable.
Pourtant, dans le même temps, une autre étude vient de confirmer ce que tout francilien n’a de cesse de constater : l’immobilier continue de flamber et devant des loyers et des prix d’achat qui deviennent intenables, les bas salaires commencent à fuir en masse la capitale. Le mouvement touche d’ailleurs de plus en plus les cadres moyens avec des enfants en bas âge qui, malgré un salaire honorable, sont obligés de s’éloigner pour joindre les deux bouts.
La politique de la ville étant de réduire la circulation automobile, et on ne peut pas l’en blâmer, cela conduit tout naturellement pour de nombreux franciliens à une augmentation des temps de transport pour se rendre à leur lieu de travail. La formule est un peu courte, mais on voit bien que ce sont les moins bien lotis qui trinquent le plus pour la protection de l’environnement.
Existe-t-il des alternatives ? La réduction du trafic automobile en ville passe aujourd’hui par le découragement de l’automobiliste que l’on veut inciter par tous les moyens à utiliser les transports en commun. Mises en place de voies de bus, réduction du nombre de places de parking et surtout réduction du nombre de places gratuites, augmentation des procès-verbaux,… tout est fait pour mettre à rude épreuve la patience de l’automobiliste. Mais s’il ne fait aucun doute que, pour certains, la voiture est un luxe, pour beaucoup elle est une obligation (transports en commun sous-développés en banlieue).
Une politique environnementale plus sociale peut être envisagée mais elle demande du courage :
développement du covoiturage rendu plus facile par les moyens modernes de communication (internet,…) : on pourrait imaginer qu’une personne qui veut rentrer dans la capitale avec sa voiture doive s’inscrire sur un site internet qui lui proposerait soit d’être transporté par un autre automobiliste, soit une liste de personnes à prendre sur son chemin…
réduction des plus gros pollueurs et notamment des 4x4 que le gouvernement n’a pas eu le courage de taxer…
développement des moyens de transport les moins polluants : deux roues motorisées ou non, scooters et voitures électriques, GPL ,…
L’exemple le plus significatif de cette écologie à deux vitesse reste Londres qui a effectivement obtenu une réduction de 15% de son trafic mais au prix de la mise en place d’un péage de 5 euros par jour pour l’accès au centre ville : l’histoire ne dit pas ce que vivent tous les matins les 15% qui ne prennent plus leur voiture…