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Dernière modification le 28/11/2002 Source : Libération Le gouvernement fait son écolo-parade
Jean-Pierre Raffarin réunit ce matin ses 38 ministres pour un séminaire sur le "développement durable". Aucune ligne budgétaire n'est pourtant prévue pour cette "priorité" et certains crédits sont en baisse. Quatre heures pour convaincre que le développement durable est une "priorité du gouvernement". C'est court. Surtout quand l'environnement va pâtir de la rigueur budgétaire en 2003. Ce matin, Jean-Pierre Raffarin réunit, de 9 heures à 13 heures, ses 38 ministres pour un séminaire sur le développement durable. Objectif de cette grand-messe: "Donner une impulsion décisive à notre stratégie nationale et faciliter l'intégration par chaque ministère des principes de développement durable dans son action", déclarait le porte-parole du gouvernement Jean-François Copé, le 18 septembre, à la sortie du Conseil des ministres au cours duquel Chirac avait souhaité que soit organisé "assez vite" une telle réunion. "L'objectif est de sensibiliser les ministres et toute leur administration", ajoute Michèle Pappalardo, chargée de mission auprès de Tokia Saïfi, secrétaire d'Etat au Développement durable. Un pari loin d'être gagné. En théorie, ce séminaire aurait dû avoir lieu fin octobre. "Il a dû être reporté à deux reprises parce que certains cabinets n'étaient pas prêts", reconnaît une des têtes pensantes de la droite en matière d'écologie. D'après le même, Chirac, en vedette lors du sommet de la Terre de Johannesburg fin août, serait beaucoup plus "progressiste" sur le sujet que certains membres de son gouvernement. "Il y a des ministères qui ont bien répondu, et d'autres moins bien, continue-t-il. Et ça n'est pas forcément ceux auxquels on s'attendrait. Francis Mer [ministre des Finances, ndlr] est très ouvert. La Défense ou l'Agriculture aussi. D'autres, comme les ministères sociaux, sont de moins bons élèves. Il semble par exemple que la Santé ne percute pas." 63 mesures. En ouverture, les ministres suivront un cours de rattrapage sur l'état de la planète avec les interventions de cinq "grands témoins": Hubert Reeves, astrophysicien, Jacqueline Aloisi de Larderel, directrice du programme des Nations unies pour l'environnement, Dominique Bourg, philosophe, Henri Proglio, président du directoire de Vivendi Environnement, et Yves Coppens, paléontologue et président de la Commission de préparation de la charte de l'environnement. Puis, la ministre de l'Environnement, Roselyne Bachelot, et Tokia Saïfi présenteront les grandes lignes de la stratégie du gouvernement en matière de développement durable. Exposée par la France à Johannesburg, elle devrait se concrétiser à partir de mars/avril. Pour préparer ce passage aux actes, chaque ministre expliquera "comment prendre en compte le développement durable dans son département". Cela passe par un comportement "exemplaire", glisse Michèle Pappalardo: à l'avenir, l'administration devra ainsi économiser l'énergie et le papier, et rouler plus propre. Une mutation qui suppose aussi une série d'actions. Le ministère de la Justice pourrait par exemple s'engager à "ne plus construire ni tribunaux, ni prisons ne respectant pas les critères du label HQE [Haute Qualité environnementale, ndlr]". Chacun de ces objectifs devra s'accompagner "d'un calendrier sur quatre ou cinq ans". Ce délai étant un peu long, à la fois pour une opinion publique qui a la mémoire courte et pour une administration qui a une fâcheuse tendance à laisser s'enliser les dossiers, chaque ministre annoncera, de surcroît, des "mesures immédiatement applicables". 63 au total. La Défense présentera ainsi le programme Secoia (Site d'élimination des chargements d'objets identifiés anciens), qui planifie la destruction des armes chimiques de la Première Guerre mondiale. Problème, Secoia a été lancé en 1997 et inscrit dans la loi de programmation militaire 1997-2002. Budgétivore. De façon plus générale, l'action du gouvernement en faveur du développement durable pourrait être handicapée par le manque de crédits. Aucune ligne budgétaire ne sera réservée à cette "priorité" et certaines administrations verront amputés, en 2003, leurs budgets réservés à des actions pourtant exemplaires en la matière. Ainsi, les crédits des Transports en faveur des plans de déplacement urbains qui doivent favoriser le développement des modes de transport non polluants chuteront de 85 %. Et les aides de l'Agence de l'environnement et de la maîtrise de l'énergie (Ademe) en faveur de la maîtrise de l'énergie, de la lutte contre la pollution de l'air et le bruit seront "revues à la baisse de l'ordre de 20 à 30 %" d'après son président, Pierre Radanne. Or, certaines des "actions" novatrices annoncées aujourd'hui sont "budgétivores". La construction de prisons respectant le label HQE suppose un engagement financier beaucoup plus important. Il faut donc le feu vert de Bercy. "Francis Mer est très allant", affirme Michèle Pappalardo. Certes, mais de là à ce que, en ces temps de rigueur budgétaire, "le budget de l'Etat permette à une administration de payer plus cher au départ" pour "faire des économies à moyen terme", il y a un grand pas. Presque une révolution. Catherine COROLLER Voir les autres informations :
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