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Lundi 21 Mai 2012 09:57 |
Source : le Monde Paru le 13/11/2002 Cliquez pour voir l'article d'origine 61% des Français voudraient pouvoir se passer du nucléaire
Selon un sondage réalisé pour l'Union française d'électricité, les usagers d'EDF, s'ils sont conscients des avantages économiques procurés par le choix du tout-nucléaire de la France, réclament plus de transparence et de sécurité. Les Français se méfient de l'énergie nucléaire, mais ils ne peuvent pas s'en passer. C'est, en substance, l'enseignement d'un sondage sur "les attentes du grand public à l'égard de l'énergie nucléaire", commandé par l'Union française de l'électricité (UFE) au Centre d'études et de connaissances sur l'opinion publique (Cecop), et dont Le Monde publie en exclusivité les conclusions. Réalisée par l'institut de sondage IFOP, auprès d'un échantillon représentatif de 1005 personnes de 18 ans et plus, au cours de la troisième semaine de septembre, cette enquête montre que le nucléaire civil est "une énergie subie", souligne l'institut dans la note de synthèse remise à l'UFE. Sur ce sujet délicat, où les avis des "pro" et des "anti" sont très tranchés, les Français apparaissent sensibles aux arguments des deux bords. Ainsi, 86 % des sondés "jugent que ceux qui affirment que la fin de l'énergie nucléaire est pour bientôt ont tort". Ils sont 59 % à estimer que l'utilisation de l'énergie atomique est "la façon la moins coûteuse de produire de l'électricité". Et environ les deux tiers des personnes interrogées pensent que l'abandon du nucléaire aurait "des conséquences négatives" pour les exportations d'électricité (67 %), le développement économique (62 %) ou l'indépendance énergétique de la France (61 %). Paradoxalement, ils sont pourtant 61 % à "ne pas souhaiter que cette énergie soit utilisée à l'avenir". Mieux: 62 % des gens seraient prêts à payer plus cher leur électricité pour "favoriser l'abandon de l'énergie nucléaire". Sous réserve, il est vrai, que cette hausse n'excède pas 3 % à 10 % du montant de leur facture. Pour une majorité de Français, "l'exception française du recours massif au nucléaire est un fait accompli", commente l'IFOP. Un fait accompli qui les inquiète de plus en plus. Deux types de danger sont liés à l'utilisation civile de l'énergie atomique, dans l'esprit des sondés. D'une part, 62 % d'entre eux pensent que "vivre à proximité d'une centrale est très dangereux pour la santé" - même si 83 % jugent que les règles de sécurité sont "plutôt bien"ou "très bien" respectées dans les centrales.
DÉCHETS RADIOACTIFS
D'autre part, la question du traitement des déchets radioactifs apparaît primordiale, tant pour le présent que pour les générations futures. Au chapitre des handicaps qui plaident contre l'usage de l'énergie nucléaire, c'est de loin l'argument le plus fort: il est cité par 61 % des sondés. Et ces derniers ne sont que 41 % à croire ceux qui disent que "le problème des déchets est traité avec toutes les précautions possibles"...D'une façon générale, il ressort de ce sondage que les Français apparaissent assez sceptiques quant à la qualité de l'information officielle qui leur est délivrée sur la question nucléaire. Ils font davantage confiance (à 51 %) aux associations de consommateurs pour les informer qu'à EDF (36 %), dont les ingénieurs apparaissent cependant des experts dignes de confiance pour "maîtriser rapidement un accident grave". Les écologistes ne sont pas jugés beaucoup plus crédibles (27 % d'opinions favorables) que l'autorité de sûreté nucléaire (25 %), dont les premiers dénoncent volontiers les carences en matière d'information. Quant au gouvernement, en qui seulement 12 % des sondés ont confiance, aux élus locaux (10 %), aux syndicats (7 %) et aux partis politiques (3 %), ils apparaissent largement discrédités dès lors qu'il s'agit d'informer correctement l'opinion publique. Corollaire de cette crise de confiance dans les institutions, les Français sont réceptifs aux promesses et aux slogans des militants antinucléaires. Ainsi, 60 % des sondés "pensent que les énergies renouvelables peuvent tout à fait remplacer l'énergie nucléaire", et 63 % "que l'on pourra couvrir nos besoins en énergie avec les énergies renouvelables d'ici dix ou vingt ans". Ce qui, de l'avis général des spécialistes, apparaît plus comme un vœu pieux que comme une probabilité scientifique. En commandant cette enquête, l'UFE risque de prendre à rebrousse-poil ses propres adhérents, au premier rang desquels se trouve EDF. "Le nucléaire ne se sauvera que par la transparence", lance Bernard Brun, le président de l'organisation patronale, pour justifier sa démarche, qu'il entend renouveler de façon "régulière et pluriannuelle", dit-il. Alors que l'élargissement de l'Union européenne va faire entrer dans la communauté, avec les dix nouveaux pays adhérents, 18 réacteurs de type soviétique, à la sécurité incertaine, "l'opinion française demeure le verrou du nucléaire en Europe. S'il saute, il n'y a plus de nucléaire", poursuit cet ancien conseiller à la présidence d'EDF. M. Brun abonde ainsi dans le sens de Loyola de Palacio, la commissaire européenne à l'énergie, pour demander la création d'une autorité de sûreté indépendante dans chaque pays. Une autorité qu'il verrait bien "élargie à l'ensemble des risques industriels". L'évolution de l'opinion publique que révèle ce sondage annonce peut-être des discussions plus animées que prévu, lors du débat sur l'énergie promis par le gouvernement pour le début de 2003.
Pascal Galinier
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